bleiz_021Le loup baissa la truffe et renifla le cabas. Il essaya de fourrer son museau dans l’ouverture sans y parvenir, car le sac s’enfonçait à chaque fois dans le sable. Il se décida à prendre les anses dans sa gueule pour le déposer sur un petit rocher plat à hauteur de l’encolure et là, non seulement il réussit finalement à faire entrer sa truffe dans le cabas, mais la tête entière suivit la truffe et d’un bond, d’un seul, le loup entra dans le sac !

On entendit beaucoup de remue-ménage dans ce sac à main de grand-mère ! D’abord un grognement terrible puis un hurlement de loup à faire frémir une vouivre trempée qui sortait juste de l’eau à ce moment-là. Enfin, une petite voix aigüe et chevrotante de vieille dame sortit du fond du noir cabas :

« Bonjour ma fille, j’arrive, j’arrive, me voici, attends que je te prépare un bonne galette-saucisse et je te rejoins sur la plage ! Dis donc, je ne trouvais plus mes sabots, ah, ma doué, qui c’est-t’y qui m’a fichu un crébond’là de bazar pareil dans ma maison !  » criait-elle à la cantonade, se doutant bien que la vouivre était remontée sur la rive à proximité de l’endroit où Bleiz le loup s’était reposé.

En effet, Nessy s’était approchée en rampant du rocher d’où le sac parlait si étrangement. Mais cela ne semblait pas l’étonner outre mesure. « Comment allez-vous ma très chère tante ? Pas trop fatiguée du chemin ? » demanda-t-elle.nessy22

Ses palmes de pinnipède se rétractaient doucement faisant place à deux jolis bras et deux belles jambes un peu musclés. Sa chevelure fauve retomba gracieusement sur ses épaules. Sa voix grave redevint progressivement douce tandis qu’elle s’adressait au cabas et à ce qu’il renfermait. Nessy reprit les vêtements déchirés qu’elle avait posé sur un rocher. L’orage les avait trempés et Nessy qui commençait à ressentir le froid fit la grimace. C’est alors qu’un bruit la fit se retourner vers le sac, une main en sortait qui posait à terre une paire de vieux sabots de bois d’un noir luisant. Puis suivit une très vieille petite dame qui rechaussa ses sabots un par un, tout en émergeant du vieux cabas de cuir. Elle redressa sa coiffe de dentelle blanche bien amidonnée et planta d’un geste sûr l’aiguille qui la maintiendrait en place sur son chignon de tresses argentées.

keridwen

« Voilà, voilà, voilà, mais dis-moi ma pauvre petite tu dois être toute refroidie dans cette tenue, approche-toi donc que je t’arrange un peu. Carabistouille et cancrelats partez-moi d’là, guipure, feston et dentelles, faites-la belle et virevoltera la robe que voilà ! » s’exclama la petit vieille dame en agitant ses doigts crochus vers une Nessy effarée, soudain vêtue comme une cendrillon partant au bal.

« Tante Keridwen, je vous en prie, pas de robe de dentelle, ni de corset, ni de jupons, rappelez-vous que nous sommes au vingt-et-unième siècle et pas chez Mickey ! Rendez-moi mon jean, mon sweat et mes baskets, s'il vous plaît ! » s’écria la jeune femme en souriant, crispée.