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Nessy se méfiait quelque peu de sa vieille tante, c’était une sorcière réputée autrefois, il paraît qu’elle pouvait même changer le cours des planètes ! Seulement la pauvre avait échoué dans la plus grande des tâches qui lui avait été dicté. Elle avait perdu le Chaudron magique dont le grand Dagda lui avait confié la garde. Depuis elle cheminait à travers les Mondes à la recherche de son chaudron perdu tout en maudissant le barde Taliesin

qu’elle jugeait responsable de cette perte. Elle était devenue aigrie, chagrine, grincheuse et un peu folle en passant son éternité à courir après les indices qui lui feraient retrouver l’objet tant convoité.

« Voyons, ma tante, qu’aviez-vous à m’annoncer  ? » demanda-t-elle en reprenant avec soulagement des vêtements plus appropriés à cette époque.

Un petit chat noir avait sauté à bas du sac à la suite de Keridwen. Il miaulait maintenant pour réclamer quelques morceaux de galettes que la petite vieille lui donnait parcimioneusement entre deux bonnes bouchées.

« Tiens ma fille, en voilà une pour toi, assieds-toi manger un peu, nous avons encore une bonne route à faire et cette fois je compterai sur ta force pour me mener où nous devons aller. Bien, donc un jour où je cheminais sur une île inconnue à peine débarquée de mon curragh de peau, qu’un être abject et vil se présenta devant moi au sortir d’un petit bois. Tu connais cet avorton tritonien, mi-humain, mi-sirène. Le monstre a eu moins de chance que toi ou que ta cousine Mélusine ! La batardise mal acceptée par lui, l’a définitivement bloqué dans une forme mixte, corps humain, peau d’écaille, chevelure d’algues, yeux de tacauds …

–        Le Tud-Goémon !

–        C’est cela-même. Le Grand Naufrageur des îles d’Er, qui a donné leur nom à bien des endroits de la Presqu’Ile Sauvage, est venu m’annoncer une étrange nouvelle. Il aurait vu errer un descendant de Yann d’Infern sur les grèves, près de la Roche Jaune. C’est un « égaré » m’a-t-il dit !

–        Pourtant sa trisaïeule, la femme de Yann, avait beaucoup prié pour sa famille, marché si souvent à Saint-Tugdual et fait tellement de dons aux moines. Ses descendants auraient pu vivre en paix  et mourir tranquilles ! Qu’est-il arrivé ?

–        C’est justement ce que nous devons découvrir.