01 janvier 2006
Bienvenue à la Pension du "Loch Ness"
Ernestine Nestor, dite Nessy, Monstre du Loch Ness, a une très longue histoire et de nombreuses incarnations. Personnage de légende, elle s’est manifestée à maintes reprises et sous différentes formes autant réelles que virtuelles. Cette histoire-ci a débuté sous l’identité d’un personnage de RPG et se prolonge dans les méandres d’Internet au fond d’un lac, communément appelé Le Loc’h, qui est bien entendu virtuel, protéiforme, changeant et brumeux.
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«
Tenez la clé de votre chambre, c’est la N°2 avec un lit double, une
salle de bains et une fenêtre qui donne sur le port avec vue sur l’eau.
Vous montez l’escalier et c’est la deuxième porte à gauche. Les petits
déjeuners sont servis de sept heures à onze heures tous les matins. Les
locations de barques et de pédalos commencent dès le lever du soleil.
Vous trouverez également toute la journée sur le port des bateaux qui
vous proposent une visite du lac. La navigation est fortement
déconseillée la nuit mais vous pouvez vous promener sur les quais puis
sur les berges aménagées en promenade pour tenter de voir notre
curiosité locale, le fameux monstre du Loch Ness !
Bonne soirée Monsieur, Madame, et à demain matin ! »
récita
professionnellement Ernestine, dite Nessy, l’employée modèle de la
Pension à un jeune couple de Wookies de la planète Kashyyyk en voyage
de noces. Il est de tradition d’envoyer les jeunes Wookies à l’aventure
dès leur plus jeune âge. Ceux-ci avaient entre soixante-quinze et
quatre-vingt ans à peine. Nessy souhaita qu’il fit un temps clair et
sans vent durant tout leur séjour. Elle se savait si distraite et
maladroite !
Il était tard, Nessy finissait de ranger la vaisselle qui séchait derrière le bar. La nuit était tombée et le calme revenait dans la pension du Loch Ness. Elle s’apprêtait à prendre congé de son patron lorsque la poignée du bar tourna et que la porte s’entr’ouvrit à nouveau …
05 janvier 2006
à contre-courant
Les nuits sans lune et les jours de brouillard …
Nessy nageait vigoureusement. Elle dépensait activement toute l’énergie négative accumulée les jours précedents. D’une manière générale, tous ses sentiments mauvais, comme la colère, l’agacement, la honte, le dépit, le découragement, s’en allaient dans une brasse vigoureuse à contre-courant. Cela était valable en mer où le flux et le reflux des marées provoquaient de forts courants entre les îles. Ou dans un fleuve qu’elle remontait à puissants coups de nageoires. Mais dans son Lac ? Point de courant. Excepté en surface les jours de grand vent, bien entendu.
Alors Nessy libérait ses sentiments mauvais à toute force dans un sens autour des rives du Lac, jusqu’à ce qu’il fut entraîné dans toute sa masse en un gigantesque tourbillon. Et avec l’eau du Lac, tout ce qui n’était pas bien arrimé suivait, les embarcations mal amarrées, les pontons vieillissants, les bouées, coffres et corps-morts fatigués, les arbres morts, les branches cassées et les feuilles tombées le long des berges, les expéditions pseudo-scientifiques ésotériques, les touristes égarés et les curieux intrépides, les castors, les loutres, les brochets, les écrevisses et les géris comme les ragondins, les rats crevés, les dytiques et les tiques.
Puis Nessy, que cette nage forcée commençait à calmer, soudain se retournait et nageait heureuse et enfin libérée contre ce courant qu’elle avait provoqué.
19 janvier 2006
Nessy - Perdue sous l’orage (1)
Excédée par la bêtise des clients du café, Nessy voulait se dégourdir les nageoires après sa journée. Elle retournait à sa masure au bout du village sitôt le dernier client sorti. La jeune femme devait marcher deux kilomètres pour rejoindre son habitation mais c’était d’habitude pour elle un temps de décompression, voire de méditation. Ce soir, le ciel d’automne était chargé d’électricité. Les éclairs zébraient l’horizon et le tonnerre roulait sans discontinuer comme un étrange concert de percussions sauvages. Aucune pluie cependant ne venait soulager l’atmosphère d’une fraîcheur bienvenue. Nessy transpirait à grosses gouttes et chaque pas vers chez elle était une torture pour ses pieds compressés dans des baskets trop chaudes. Le besoin de faire un plongeon dans les eaux froides du Loch se faisait de plus en plus pressant. Dès qu’elle fut enfin arrivée, Nessy jeta ses chaussures d’abord, puis tous ses habits sur les porte-manteaux de l’entrée, sans prendre le temps de passer par sa chambre. Elle dégagea l’aspirateur qui encombrait le placard à balais ( !) et souleva la trappe qui se confondait avec le plancher du placard. Des marches en pierres, creusées par des siècles d’usage, menaient par un souterrain jusqu’au Loch. A partir de la dix-huitième marche, le souterrain se prolongeait sous l’eau. Nessy apprécia grandement le contact des pierres froides sous la plante des pieds. Un sourire effleura ses lèvres, un soupir de soulagement les traversa. Elle se tint quelques secondes en arrêt sur la dix-huitième marche, prit une grande inspiration et plongea dans le boyau inondé. |
21 janvier 2006
Perdue sous l'orage (2)
Depuis que Nessy était enfant, elle avait un rapport très
spécial avec l’eau froide. Dès que son corps tout entier était plongé
dans le liquide, une transformation de ses membres, de ses capacités
physiques et mentales s’opérait. Il lui avait fallu près de vingt-cinq
ans et la rencontre avec un saint homme pour accepter le fait. A ce
moment là, son corps et ses métamorphoses avaient cessé d’évoluer. Cela
faisait mille quatre cent trente-sept ans exactement.
Nessy nageait en apnée depuis maintenant trois ou quatre heures quand le besoin de respirer se fit sentir. Elle remonta à la surface. Le ciel avait encore changé. Il était maintenant d’une couleur gris-jaune sombre mais toujours zébré d’éclairs de chaleur. La pluie ne tombait toujours pas. Nessy nagea à la surface pendant quelques instant afin de bien oxygéner ses poumons. Une chose intrigua la vouivre, elle ne reconnaissait pas cette partie du Lac. Lorsqu’elle était sous l’eau tout à l’heure, il lui semblait parcourir une contrée connue mais au-dessus de la surface le paysage ne correspondait plus. Il faut dire qu’elle avait nagé par moments yeux fermés, tout au bonheur de soulager ses membres fatigués par la journée de travail dans la chaleur orageuse du bar. Elle décida de mettre patte/pied à terre pour en avoir le cœur net.
23 janvier 2006
Perdue sous l'orage (3) - Bleiz
(poussée par Thanna ... )
Un problème se posait à Nessy chaque fois qu’elle voulait sortir de l’eau hors de son territoire habituel. En effet, son corps reprenait les formes d’une jeune femme humaine et comme elle se baignait nue … il lui fallait retrouver discrètement des vêtements. Elle avait disposé plusieurs sacs, valises, malles et mallettes dans des cachettes autour du Lac.
Mais ici, rien de cela ne l’attendait sur les rives. Heureusement, ce qui avait intrigué Nessy, c’était justement l’aspect mort, désert et désolé du lieu. Une forêt sèche couvrait les berges du Loch des deux côtés. Des arbres tortueux aux troncs noircis s’entregriffaient sur les collines à perte de vue. Nessy rejoignit le rivage et sortit de l’eau. Elle avisa quelques fougères roussies dont elle se fit rapidement quelque chose de décent autour des reins et de la poitrine, bien ficelé par des tiges de lierre entrelacées. Ce genre de situation amusait beaucoup la vouivre curieuse. Les feuilles grattaient un peu la peau, mais rien de trop insupportable. Un silence oppressant étreignait l’ombre. Pas un oiseau ne chantait dans les branches, pas un frottement ne s’entendait dans les herbes jaunes.
La jeune femme aperçut loin derrière le couvert de branches nues l’éclaircie d’une clairière. Elle s’engagea dans la forêt. C’est alors que la pluie se mit à tomber, épaisse et violente. Elle était chaude, bien heureusement. Mais de toute façon, jamais la pluie n’avait inquiété la vouivre. Ses transformations ne s’effectuaient que dans un bain total.
Nessy batailla un long moment contre des brousailles épineuses avant de voir une sente tracée par quelque bête sauvage. Elle la suivit un instant jusqu’à trouver un chemin. Celui-ci, un peu plus tard encore, la mena jusqu’à la clairière apperçue de la rive. Un rocher de shiste rouge couvert de lichen gris l’écorchait en plein centre. Un loup s’y tenait assis, immobile sous la pluie battante.
Nessy le reconnut aussitôt. C’était un vieux loup noir au regard vert qui regardait la vouivre approcher. Il souffla et secoua la tête avant de parler. Sa voix grave perça la complainte monotone de la pluie.
« Bonjour Nessy, je t’attendais.
_ Bonjour Bleiz, dit la vouivre un peu contrariée, comment savais-tu que j’allais passer ici ?
_ Eog me l’a révélé.
_ Eog ? Ah, c’est vrai, le saumon savant ! Et comment se porte ma tante Keridwen, demanda-t-elle à nouveau souriante et un peu taquine ?
_ Bien.
Bleiz, le loup
n’était pas des plus diserts, c’était un compagnon fidèle mais il
n’aimait pas se perdre en bavardages inutiles à son goût. Il narrait à
merveille pour un loup, mais pour cela il préférait écrire, ce qui
convenait mieux à sa lenteur d’esprit. Ce n’était qu’un gros chien
sauvage après tout.
_ Et qu’as-tu à me transmettre cette fois, questionna Nessy ?
_ Suis-moi, répondit le loup en sautant à bas de son rocher.
…
26 janvier 2006
Retour à la mer
Nessy marcha longtemps derrière le loup. Ils traversèrent des vallées, grimpèrent des collines et sautèrent maints ruisseaux avant que Bleiz ne lui laisse le temps de souffler un peu.
Nessy se posa sur le sable de la petite crique où le loup l’avait menée. C’était toujours un rare plaisir pour la vouivre de revoir enfin la mer. Tout au long de la course à travers bois la pluie était tombée, drue et tiède sous l’orage d’été. Maintenant, les éclairs zébraient le ciel noir au-dessus du rivage et la mer d’un bleu turquoise étincelant semblait vouloir arracher des lambeaux de rochers aux falaises. L’écume volait en petits flocons à travers l’air électrique.
Bleiz semblait aussi rompu que la jeune femme. Nessy devina que l’heure était venue pour chacun d’eux d’effectuer une transformation salvatrice. Les pieds de Nessy ruisselaient de sang, sa peau était griffée de toute part et le loup ne trottait plus que sur trois pattes depuis un bon moment. Maintenant qu’ils s’étaient arrêtés, le froid commençait à les saisir. Nessy se releva péniblement et entra en frissonant dans l’eau froide. Elle fit quelques brasses douloureuses avant que son corps enfle jusqu’à décupler son volume, que sa peau devienne grise et épaisse, que ses jambes fines se transforment en de robustes palmes, que son cou s’allonge démesurément et qu’enfin la vouivre sente une force prodigieuse emplir ses muscles.
Elle nagea vigoureusement vers le large, heureuse de recevoir une telle profusion de sensations diverses. Elle aimait véritablement la mer et ce manque lui laissait toujours une amertume quand elle en restait éloignée trop longtemps. La vie l’avait ammenée au cœur d’un pays de forêt où les eaux pourtant belles et calmes du lac ne pouvait la rassasier.
Pendant que Nessy retrouvait avec bonheur ses joies sous-marines, Bleiz était resté immobile de longues minutes. Lui aussi, à sa manière, était heureux de revoir la mer. Il aurait bien courru, sauté et tourné dans le sable si ses pattes ne l’avait autant fait souffrir. Il s’allongea et se contenta d’enfouir sa truffe sous une touffe de goëmon.
La pluie se calmait. Le vent fit éternuer le loup. Il se leva enfin et s’ébroua vigoureusement. Un vieux petit cabas noir extrêmement usé tomba de son oreille.
…
27 janvier 2006
Le petit cabas de Keridwen
Le loup baissa la truffe et renifla le cabas. Il essaya de
fourrer son museau dans l’ouverture sans y parvenir, car le sac s’enfonçait à
chaque fois dans le sable. Il se décida à prendre les anses dans sa gueule pour
le déposer sur un petit rocher plat à hauteur de l’encolure et là, non
seulement il réussit finalement à faire entrer sa truffe dans le cabas, mais la
tête entière suivit la truffe et d’un bond, d’un seul, le loup entra dans le
sac !
On entendit beaucoup de remue-ménage dans ce sac à main de grand-mère ! D’abord un grognement terrible puis un hurlement de loup à faire frémir une vouivre trempée qui sortait juste de l’eau à ce moment-là. Enfin, une petite voix aigüe et chevrotante de vieille dame sortit du fond du noir cabas :
« Bonjour ma fille, j’arrive, j’arrive, me voici, attends que je te prépare un bonne galette-saucisse et je te rejoins sur la plage ! Dis donc, je ne trouvais plus mes sabots, ah, ma doué, qui c’est-t’y qui m’a fichu un crébond’là de bazar pareil dans ma maison ! » criait-elle à la cantonade, se doutant bien que la vouivre était remontée sur la rive à proximité de l’endroit où Bleiz le loup s’était reposé.
En effet, Nessy s’était approchée en rampant du rocher d’où
le sac parlait si étrangement. Mais cela ne semblait pas l’étonner outre
mesure. « Comment allez-vous ma très chère tante ? Pas trop fatiguée
du chemin ? » demanda-t-elle.
Ses palmes de pinnipède se rétractaient doucement faisant place à deux jolis bras et deux belles jambes un peu musclés. Sa chevelure fauve retomba gracieusement sur ses épaules. Sa voix grave redevint progressivement douce tandis qu’elle s’adressait au cabas et à ce qu’il renfermait. Nessy reprit les vêtements déchirés qu’elle avait posé sur un rocher. L’orage les avait trempés et Nessy qui commençait à ressentir le froid fit la grimace. C’est alors qu’un bruit la fit se retourner vers le sac, une main en sortait qui posait à terre une paire de vieux sabots de bois d’un noir luisant. Puis suivit une très vieille petite dame qui rechaussa ses sabots un par un, tout en émergeant du vieux cabas de cuir. Elle redressa sa coiffe de dentelle blanche bien amidonnée et planta d’un geste sûr l’aiguille qui la maintiendrait en place sur son chignon de tresses argentées.
« Voilà, voilà, voilà, mais dis-moi ma pauvre petite tu dois être toute refroidie dans cette tenue, approche-toi donc que je t’arrange un peu. Carabistouille et cancrelats partez-moi d’là, guipure, feston et dentelles, faites-la belle et virevoltera la robe que voilà ! » s’exclama la petit vieille dame en agitant ses doigts crochus vers une Nessy effarée, soudain vêtue comme une cendrillon partant au bal.
« Tante Keridwen, je vous en prie, pas de robe de dentelle, ni de corset, ni de jupons, rappelez-vous que nous sommes au vingt-et-unième siècle et pas chez Mickey ! Rendez-moi mon jean, mon sweat et mes baskets, s'il vous plaît ! » s’écria la jeune femme en souriant, crispée.
Keridwen narre l'égaré

Nessy
se méfiait quelque peu de sa vieille tante, c’était une sorcière
réputée autrefois, il paraît qu’elle pouvait même changer le cours des
planètes ! Seulement la pauvre avait échoué dans la plus grande des
tâches qui lui avait été dicté. Elle avait perdu le Chaudron magique
dont le grand Dagda lui avait confié la garde. Depuis elle cheminait à
travers les Mondes à la recherche de son chaudron perdu tout en
maudissant le barde Taliesin
qu’elle jugeait responsable de cette perte. Elle était devenue aigrie, chagrine, grincheuse et un peu folle en passant son éternité à courir après les indices qui lui feraient retrouver l’objet tant convoité.
« Voyons, ma tante, qu’aviez-vous à m’annoncer ? » demanda-t-elle en reprenant avec soulagement des vêtements plus appropriés à cette époque.
Un petit chat noir avait sauté à bas du sac à la suite de Keridwen. Il miaulait maintenant pour réclamer quelques morceaux de galettes que la petite vieille lui donnait parcimioneusement entre deux bonnes bouchées.
« Tiens ma fille, en voilà une pour toi, assieds-toi manger un peu, nous avons encore une bonne route à faire et cette fois je compterai sur ta force pour me mener où nous devons aller. Bien, donc un jour où je cheminais sur une île inconnue à peine débarquée de mon curragh de peau, qu’un être abject et vil se présenta devant moi au sortir d’un petit bois. Tu connais cet avorton tritonien, mi-humain, mi-sirène. Le monstre a eu moins de chance que toi ou que ta cousine Mélusine ! La batardise mal acceptée par lui, l’a définitivement bloqué dans une forme mixte, corps humain, peau d’écaille, chevelure d’algues, yeux de tacauds …
– Le Tud-Goémon !
– C’est cela-même. Le Grand Naufrageur des îles d’Er, qui a donné leur nom à bien des endroits de la Presqu’Ile Sauvage, est venu m’annoncer une étrange nouvelle. Il aurait vu errer un descendant de Yann d’Infern sur les grèves, près de la Roche Jaune. C’est un « égaré » m’a-t-il dit !
– Pourtant sa trisaïeule, la femme de Yann, avait beaucoup prié pour sa famille, marché si souvent à Saint-Tugdual et fait tellement de dons aux moines. Ses descendants auraient pu vivre en paix et mourir tranquilles ! Qu’est-il arrivé ?
– C’est justement ce que nous devons découvrir.
…









