Nessy et la mission de Keridwen

01 janvier 2006

Petite note pour les lecteurs :

Cette histoire compliquée est issue d'un copiage/collage de plusieurs courts textes tracés à l'encre de coquelicot sur des morceaux d'écorce de bouleau. Ils ont été retrouvés sous le banc de nage d'un très vieux curragh en peaux de boeuf tendues sur une armature de châtaignier. L'embarcation était abandonnée sur le sable d'une plage d'une île inconnue surgie de nulle part à travers la brume. Le marin solitaire qui les a aportés sur le continent a raconté une histoire étrange avant de les oublier sur le zinc d'un bar et de disparaître à jamais. D'après ce qu'il en aurait dit, ces rouleaux aurait été écrits par un loup du nom de Bleiz.

Le travail de reconstitution de ces différentes histoires emmêlées fut long et fastidieux. De nombreuses incertitudes, dues à la fragilité du support, ainsi qu'au grand nombre de rouleaux,  ne nous permettent pas de vous offrir un récit totalement reconstitué. Nous le complèterons du mieux que nous pourrons au fur et à mesure du déchiffrement des textes.
Nous avons tenté de remettre ici dans un ordre supposé chronologique ces aventures merveilleuses. Cependant le fil de l'histoire de chaque personnage reste accessible par un simple clic, là, à gauche. D'autre part, quelques précisions hors texte permettent de compléter la connaissance que nous avons des trois personnages principaux à travers leurs aventures respectives. Bonne lecture, amis internautes !

Protagonistes des aventures :

 

Nessy, vouivre du Loc'h Ness, habituellement appelée Le Monstre
Keridwen Chaudron, vieille petite déesse oubliée
John, égaré
Bleiz, loup gris, avatar de Keridwen, narrateur


Berc'hedig, la Tud Vor

Tud Goémon
, monstre de la Baie de l'Enfer

   

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Bienvenue à la Pension du "Loch Ness"

 Ernestine Nestor, dite Nessy, Monstre du Loch Ness, a une très longue histoire et de nombreuses incarnations. Personnage de légende, elle s’est manifestée à maintes reprises et sous différentes formes autant réelles que virtuelles. Cette histoire-ci a débuté sous l’identité d’un personnage de RPG et se prolonge dans les méandres d’Internet au fond d’un lac, communément appelé Le Loc’h, qui est bien entendu virtuel, protéiforme, changeant et brumeux.

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nesshuma1« Tenez la clé de votre chambre, c’est la N°2 avec un lit double, une salle de bains et une fenêtre qui donne sur le port avec vue sur l’eau. Vous montez l’escalier et c’est la deuxième porte à gauche. Les petits déjeuners sont servis de sept heures à onze heures tous les matins. Les locations de barques et de pédalos commencent dès le lever du soleil. Vous trouverez également toute la journée sur le port des bateaux qui vous proposent une visite du lac. La navigation est fortement déconseillée la nuit mais vous pouvez vous promener sur les quais puis sur les berges aménagées en promenade pour tenter de voir notre curiosité locale, le fameux monstre du Loch Ness !
Bonne soirée Monsieur, Madame, et à demain matin ! »

récita professionnellement Ernestine, dite Nessy, l’employée modèle de la Pension à un jeune couple de Wookies de la planète Kashyyyk en voyage de noces. Il est de tradition d’envoyer les jeunes Wookies à l’aventure dès leur plus jeune âge. Ceux-ci avaient entre soixante-quinze et quatre-vingt ans à peine. Nessy souhaita qu’il fit un temps clair et sans vent durant tout leur séjour. Elle se savait si distraite et maladroite !

Il était tard, Nessy finissait de ranger la vaisselle qui séchait derrière le bar. La nuit était tombée et le calme revenait dans la pension du Loch Ness. Elle s’apprêtait à prendre congé de son patron lorsque la poignée du bar tourna et que la porte s’entr’ouvrit à nouveau …

 

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défaut d’histoire

 

 

N’a plus qu’un seul souvenir précis. Elle le regarde droit dans les yeux et lui dit : « Je pars. »

sillons

Le reste n’est qu’un ramassis de sensations désagréables. Se retrouver seul à fumer clope sur clope avachi dans le canapé devant un écran de télé éteint. Ouvrir cent cinquante fois le réfrigérateur et constater qu’il ne reste plus aucune bière. Se rabattre à nouveau sur le placard à apéritif et tenter d’arracher à une bouteille une autre dernière goutte de vodka. Sortir dans la rue sous une pluie battante. Aller à pied au bar le plus proche. Boire. Sortir du bar comme un zombie. Se rendre au bar d’en face. Boire. Rentrer s’affaler sur la moquette de l’appartement. Ramper jusqu’au chiottes. Vomir. Se réveiller deux jours plus tard. Plus de mémoire. Plus d’identité. Plus d’histoire. Plus de famille. Plus d’amis. Plus de boulot ? Ne sait même pas de quoi on parle là !

Sortir prendre un petit coup. Se faire chasser des bars à coups de poings, de pompes, de matraque, de batte de base-ball et de seau d’eau sale. Se réveiller avec la gueule de bois, sale, trempé, gelé, allongé sur un banc public. Rentrer tenter de se prendre une douche. Renoncer en voyant sa gueule dans le miroir de la salle de bain. S’affaler sur la moquette.

Oublier.

Zoner des jours et des jours. Acheter des clopes. Regarder au-delà du plafond en fumant et buvant. Rendre l’appartement qui était en location. Vendre tout ce qu’il contenait à un brocanteur. Aller boire le produit de la vente. Se faire jeter du bar après avoir renversé quelques tables et provoqué une bagarre. S’affaler sur le trottoir, un banc ou des marches. Echapper aux flics, ça, c’est comme instinctif, il est déjà loin, en rampant s’il le faut, lorsque les sirènes sonnent ou que les camionnettes arrivent. Rentrer se coucher au matin dans un hôtel miteux.

Et recommencer le lendemain, la nuit suivante et le surlendemain.

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02 janvier 2006

Histoire lamentable de Keridwen partie chercher son chaudron à travers les Mondes

Maudite par le barde Taliesin qui acquit illégalement la Connaissance, elle erre à la recherche du Chaudron unique du dieu Dagda. Sa quête dure depuis le jour où un jeune apprenti sorcier nommé Gwyon Bach renversa par mégarde le chaudron magique où bouillait le breuvage sacré qui donne la mort ou la vie à qui la mérite et qui ne bout pas la nourriture des lâches.
Elle poursuivit longuement le maladroit à travers toutes les formes animales ou végétales que l’inspiration leur donnait. Bélier s’échappant dans les prés, elle devint bœuf pour le rattrapper. Changé en truite pour fuir dans la rivière elle le poursuivit en brochet. Devenu moustique pour disparaître à sa vue, elle se fit chauve-souris et ainsi de suite pendant des années et des années jusqu’au jour ou il se fit grain d’orge et qu’elle devint poule. Ne pouvant plus ni sauter, ni courir, ni voler, ni grimper, elle put tout simplement l’avaler. C’est là qu’il devint Taliesin le barde aux mille vers. Le grain mûrit dans le ventre de Keridwen et elle accoucha d’un petit garçon qu’elle jeta à la rivière dans un panier. Débarrassée !
Hélas le barde était né, muni de la Connaissance acquise grâce aux trois gouttes de liquide volées au Chaudron sur les doigts brûlés qu’il avait léché. Il s’appelle à présent Taliesin et chante les exploits des héros et des héroïnes du pays celte. Il maudit Keridwen de l’avoir avalé et jeté à la rivière. Mais il récite son histoire de château en manoir et d’auberge en marchés. Car elle l’a couvé tout de même ! Partie en hâte de sa maison à la poursuite de Gwyon Bach, Keridwen n’a jamais retrouvé le Chaudron de Dagda à son retour.

 

keridwen

 
 

Depuis ce jour elle erre, avec sa maison dans son cabas et son chat sur les talons de ses sabots à la quête du chaudron perdu.

 

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03 janvier 2006

Mort. Je suis mort pensa John

Mort. Je suis mort pensa John. Un forgeron dingue battait à tout rompre un morceau de ferraille sur l’enclume qu’il avait derrière le front. Il inspira profondément, ce qui ajouta une nausée pesante à sa migraine. Les effluves de poissons pourris mêlées aux odeurs grasses de moteurs, les relents de peintures et de vase mélangées lui imprimèrent l’image d’un port, bien avant qu’il ouvrit les yeux. Il reconnut le tintement des drisses sur les mâts des voiliers et le grincement des pontons là-bas plus loin. Ici, un silence seulement coupé du cri des mouettes embarrassait l’espace. John se décida d’ouvrir les paupières.


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04 janvier 2006

La mission de Keridwen

 
 

plage

La mission de Keridwen n’est pas encore remplie, elle ne peut donc pas revenir à Avallon, l’île qui l’accueillerait pour un repos largement mérité jusqu’au bout des éternités. Mais elle a échoué son curragh sur cette plage-ci à la suite d’une terrible tempête appelée par le barde Taliesin. Charrié comme un fétu par les vagues immenses, son curragh a hésité longuement à se retourner. Finalement il s’est décidé à rester d’aplomb. Le vent a cessé un matin et le brouillard est tombé sur une mer redevenue d’huile grasse et lourde.
Elle s’est perdue sur l’Océan glacé. Il lui a même semblé avoir tourné en rond pendant quelques lunes blafardes qui perçaient mollement à travers les brumes diluées. Elle a recuilli la rosée, milligoutte après milligoutte, pour ne point souffrir de la terrible soif qui saisit tous les perdus en mer. Elle a gratté, une à une, toutes les miettes de pain qui traînaient au fond de son cabas pour ne point souffrir trop de la terrible faim des égarés de l’Océan.
Et, un matin, le soleil est apparu. Enfin, quelque chose de très lumineux qui brillait au loin. Elle rama dans cette direction, encore animée d’une incroyable énergie. Que ce soleil fut à l’est, à l’ouest ou au sud, elle choisit de le suivre pour ne plus ramer en cercle et avancer vers quelque part, où que ce fusse.
Puis soudain l’effort ne s’est plus fait sentir. Elle n’eut plus la nécessité de ramer : un étrange courant la guida vers la lumière, puis de plus en plus vite jusqu’à cette faille sombre et noire entre d’immenses rochers (en tout cas c’est ce qu’elle imaginait, mais sa vue n’est plus aussi claire qu’il y a 800 ans !). Elle eut la désagréable sensation de se sentir tout d’un coup très lourde puis à nouveau très légère, et soudainement totalement transparente ! Bah, elle en a bien vu et vécu tant d’autres ! On ne la lui fait pas à Keridwen ! Les allers-retours en Avallon sont parfois plus étranges encore …
Tchoufff ! Son curragh s’est enfin échoué sur le sable d’une plage.
Tout à l’heure, elle a bien aperçu l’Ankou ou quelqu’autre figure de sa ressemblance qui ricannait de la voir trottiner, le cabas sur le bras, à peine arrivée. Mais depuis, personne. Elle erre seule comme à son habitude à la recherche d’un indice qui la ferait avancer vers l’objet de sa sa quête.
Une chose a changé récemment, elle ne se souvient plus très bien ce qui l’a ammenée ici. Tracassée par l’oubli de l’histoire des jours précédants elle maugréa comme à l’accoutumée contre son ennemi favori :
« Ah ! Ce maudit barde, que les cordes de sa harpe s’enroulent autour de sa maudite gorge, qu’elles serrent et qu’elles les coupent, cette gorge et cette langue infâmes qui ont proféré la Malédiction ! Gorge et langue mille fois malheureuses du méchant rimailleur qui osa me maudire, moi, Keridwen, moi, la seule gardienne autorisée du Chaudron magique du Magnifique Dagda. Taliesin de malheur qui goûta le breuvage sacré. Taliesin, maudit sois-tu, qui renversa par maladresse le chaudron bouillant, qui perdit à tout jamais le merveilleux liquide magique avec lequel il se brûla les doigts. Taliesin qui alors se nommait Gwyon Bach et qui lécha ses doigts brûlés et acquit, misère des misères, la Connaissance sacrée. Taliesin, damné sois-tu, à cause de qui le chaudron fut perdu ! ».

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05 janvier 2006

Où suis-je ?

 

 

ruelle

 

Une fois de plus John s’était réveillé amnésique et perdu, chiffonné, courbatu et souffrant d’une épouvantable migraine. Le corps douloureux, il s’était levé du banc où il semblait avoir sombré assez longtemps dans une inconscience lourde. Il se mit en marche, non sans peine, son grand corps allongeant de longues foulées à un rythme très ralenti.

 

angle1

 

Il sortit du quartier sombre de la ville, aux ruelles étroites et tortueuses, et avança au grand jour vers une rue large, claire et bordées de grands arbres. Ses yeux se plissèrent à l’arrivée dans la luminosité, mais il continua. La migraine était si forte qu’il ne la sentit pas se renforcer par l’éclat des rayons de soleil qui se réfléchissaient sur les façades claires des immeubles.

 


"Peu importe la douleur", pensa-t-il

"Envie de lumière. Echapper à l’ombre et aux cauchemars."

...

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à contre-courant

 Les nuits sans lune et les jours de brouillard …

 Nessy nageait vigoureusement. Elle dépensait activement toute l’énergie négative accumulée les jours précedents. D’une manière générale, tous ses sentiments mauvais, comme la colère, l’agacement, la honte, le dépit, le découragement, s’en allaient dans une brasse vigoureuse à contre-courant. Cela était valable en mer où le flux et le reflux des marées provoquaient de forts courants entre les îles. Ou dans un fleuve qu’elle remontait à puissants coups de nageoires. Mais dans son Lac ? Point de courant. Excepté en surface les jours de grand vent, bien entendu.

 Alors Nessy libérait ses sentiments mauvais à toute force dans un sens autour des rives du Lac, jusqu’à ce qu’il fut entraîné dans toute sa masse en un gigantesque tourbillon. Et avec l’eau du Lac, tout ce qui n’était pas bien arrimé suivait, les embarcations mal amarrées, les pontons vieillissants, les bouées, coffres et corps-morts fatigués, les arbres morts, les branches cassées et les feuilles tombées le long des berges, les expéditions pseudo-scientifiques ésotériques, les touristes égarés et les curieux intrépides, les castors, les loutres, les brochets, les écrevisses et les géris comme les ragondins, les rats crevés, les dytiques et les tiques.

 Puis Nessy, que cette nage forcée commençait à calmer, soudain se retournait et nageait heureuse et enfin libérée contre ce courant qu’elle avait provoqué.

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06 janvier 2006

Fissure

 

 

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Plusieurs micro-évènements avaient entamé son irrépressible besoin de sombrer dans l’autodestruction. Sa curiosité naturelle pointait peu à peu sous la carapace de son abrutissement volontaire.

Il avait surtout besoin de comprendre ce qu’il lui arrivait. La douleur qui avait causé sa brutale dépression était toujours présente, mais peut-être qu’enfin, il allait pouvoir accepter de la localiser dans le fatras d’images embrouillées qui assaillait par vagues son cerveau éprouvé. Il sentait qu’il devait prendre le temps de voir les choses en face, quelles qu’en soient les conséquences.

 
 

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D’autre part, il s’étonnait de ressentir encore le froid, la faim, la soif, mais en plus, il ressentait de mieux en mieux son amnésie comme quelque chose d’étranger à lui et qu’il faudrait combattre. Ce sentiment était tout nouveau et prenait à chaque instant le pas sur son envie d’oublier, d’oublier quoi ? Déjà les interrogations affluaient et pour une fois il les laissaient s’immiscer en lui.

...

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07 janvier 2006

La mer déposa doucement un petit curragh sur le sable

Le jour se levait, les brumes de la nuit se diluaient peu à peu dans une luminosité froide et bleutée. On put distinguer une petite forme sombre descendre de l’embarcation et sauter prestement sur la plage en évitant de se mouiller les sabots. C’était une toute petite vieille dame, très digne, qui remit sa coiffe en place et rangea une de ses minuscules tresses tortillées sous le voile de dentelle. Puis elle s’arquebouta et tira sur le bout d’amarrage afin de tirer le curragh jusque sur le sable sec. Dès qu’il n’eut plus de risque de se mouiller les pattes, un chat noir sauta lui aussi à terre et rejoignit la petite dame contre la jupe de laquelle il se frotta en tous sens. Elle se baissa et le carressa gentiment puis le repoussa d’une main ferme. Elle prit un vieux cabas bloqué sous le banc de nage et se mit aussitôt à trottiner vers le soleil.


Elle traversa toute la plage d’un pas décidé mais s’arrêta soudain comme stoppée par une inquiétude soudaine. Elle posa son sac de cuir sur un rocher plat, sans doute pour qu’il ne s’abîme pas au contact du sable, puis plongea un bras et la tête dedans. Elle devait chercher quelque chose car on entendit un sacré ramdam qui sortit du cabas. Elle finit par y entrer toute entière. Les bruits se firent plus furieux encore. Que cachait donc ce sac ? Victorieuse, la petite dame sortit d’un bond du cabas avec une très vieille paire de lunettes rondes sur le nez.


« Que bénit soit cet Adso qui me fit cadeau d’un tel objet. Grâce à lui, j’y voit un peu mieux à présent ! »


Tiens, mais qu’elle est cette forme au bout de la plage ? On dirait ce vieil Ankou qui me regarde en souriant moqueusement. Bah, Qu’importe ! Je n’aime pas cet enquiquineur qui se rappelle toujours à notre bon souvenir au pire moment. Ignorons-le et faisons bonne route vers le levant.

silhouette

La petite vieille repartit d’un bon pied, le cabas sous le coude, suivie de son chat sur les talons de ses sabots.

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08 janvier 2006

Echapper à l’ombre et aux cauchemars

 

Chaque pas vers la lumière lui parut être une victoire sur lui-même. Luttant contre une nausée tenace, John s’engagea dans une longue avenue bordée d’élégants hôtels particuliers au luxe affiché sans ostentation.

granderue

L’architecture de cette avenue fut pour John comme une bouffée d’air frais pour un noyé. Il avançait par paliers d’une dizaine de mètres, et s’arrêtait, laissant son regard errer sur les fenêtres aux meneaux ouvragés, surmontées de frontons à l’alternance d’arcs de cercle ou de triangles parthéniens. Il admirait, les moulures des pilastres et des colonnes engagées, la variété des frises et des chapiteaux, la diversité des encadrements de porte, la simplicité des corniches qui cachaient habilement les gouttières et les chéneaux.

 

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Lever la tête lui faisait perdre en partie l’équilibre, mais sans qu’il s’en rende vraiment compte, chaque détail architectural redonnait vie à ses cellules et reliait à nouveau ses neurones atrophiés d’amnésique. Il contempla longuement une série de corbelets sculptés qui soutenaient un balcon orné de délicats garde-corps en fer forgé.

 

fenetres

 

Visiblement, son cerveau nécessitait le lyrisme d’ouvrages d’art pour combler le vide de sa mémoire. Une foule d’images répondait en écho à ses investigations de formes et de volumes.

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09 janvier 2006

Abandonnée ?

      

Ses pas le menèrent devant une grande demeure abandonnée. Un jardinet repoussait l’escalier d’entrée à quelques mètres de la rue. Deux glycines, l’une blanche, l’autre bleue entremêlaient leurs branches au sommet du muret qui séparait la rue de ce petit jardin envahi d’herbes folles. John poussa la grille du jardin sans réfléchir, il en aurait été peu capable à cette heure de toute façon. Il s’avança vers l’escalier, enjambant les graminées et les fougères, écrasant les orties de ses lourds bottillons et griffant son jean aux ronces revêches.

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Il dut repousser du pied tout un monceau de déchets en tout genre qui barraient les marches : débris de jardinières, vitrages de fenêtres brisées, morceaux de volets en bois détruits par le vent et l’abandon. Le tout encrassé de sachets plastiques, de boîtes de conserves rouillées, de papiers gras envolés, ligotés entre eux par de multiples nœuds de ronces, de lierre et de liserons.

fenetre

Il parvint au haut des marches sous un porche au plafond décoré d’une mosaïque de style art déco, noire et or, notée d’une inscription en cercle qu’il ne put déchiffrer. Un deux en chiffre dit « arabe » se situait au centre. Il abaissa le regard, peu enclin à se creuser le crâne pour cette énigme. La porte de l’hôtel était condamnée par un cadenas pris dans une chaîne, laquelle était passée dans la grille du judas et dans un anneau fixé au mur par du ciment de récente facture. John resta perplexe quelques instants. Allait-il renoncer à sa visite frauduleuse ?

Il entendit des passants rire un peu plus loin. Un chat noir sauta sur le muret d’entrée entre les grappes de fleurs de glycine puis d’un bond dans le jardin et s’enfuit vers quelque cachette.

chat

John regarda à nouveau le cadenas et la chaîne. Il s’aperçut qu’un des maillons était très rouillé, proche de la rupture. Il saisit à pleines mains une pierre de belle taille qui avait dû se détacher du parapet et d’un coup, porté au bon endroit, aida le maillon à céder totalement.

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Rouleau d’écorce de bouleau N°1

 Retrouvé dans un sac de peau sous le banc de nage du curragh

   

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Le chaudron de Keridwen

 

j’ai été soleil, j’ai éclairé la lune et je suis née poussière de la terre
dans la bruyère j’ai poussé trop vite, et sous les embruns pas assez haut
j’ai été un jeune pin sur la lande
mes aiguilles ont couvert les fougères insolentes

et mon ombre celle des arbres voisins
j’ai été l’écureuil, le chat des bois élastique
et le vent m’a relâché
j’ai été le cheval clair doré Melygan

mes galops endiablés ont secoué les rochers de la grève
et j’ai sauté avec les moutons d’écume les blanches vagues
de mes sabots rapides j’ai parcouru l’Europe et les terres lointaines
le vent a soufflé à mes oreilles, cours ! et il m’a oublié
j’ai plongé
je suis devenue sirène et mes yeux verts l’innocent ont brûlé
j’ai été île, roc, volcan et lumière
puis l’éclair de mon regard s’est voilé
je suis le monstre des mers
devenue ocean, les petits du poisson je les ai enfantés
je suis devenue poule, sous mon aile les ai couvés
Eog le bondissant saumon savant je fus ensuite, et même pédant
puis j’étais Artio la mère ourse terrible qui mène à la chasse ses guerrières étoiles
je redevins bouleau, Keridwen à peau blanche, le beorc runique qui renaît, recommence
le beth mystique, le 2 de la maison, porte ouverte sur l’avenir
et j’ai porté le chamane au plus plus haut de mes branches fragiles
il est redescendu et maintenant il danse
plus jamais je ne porterai sa transe
et Bleiz le loup gris en sa forêt profonde
marche de son pas infatigable et lent son chemin solitaire
sans laisse sans collier si le vent le permet il deviendra chêne
il abritera le terrier et le nid
et dans ses feuilles chantera la blanche corneille

   

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10 janvier 2006

Entrer ?

 

John tira la chaîne de la grille puis à travers l’anneau et poussa la porte. L’intérieur baignait dans une douce clarté légèrement brumeuse. Le courant d’air provoqué par l’ouverture de la porte souleva une poussière dorée. Du côté opposé de la grande pièce, les rayons du soleil passaient à travers deux immenses baies garnies en impostes de vitraux chatoyants.

   

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Les iris de John réagirent aux contrastes lumineux, provoquant une nouvelle crise de migraine. Il resta un moment sur le pas de la porte qu’il repoussa doucement derrière lui.

yeux

 

La pièce était encombrée. De grands draps blancs recouvraient des fantômes de meubles. Une haute et large cheminée s’ouvrait sur le pignon de droite, à l’ouest.
A gauche, une petite pièce ouverte distribuait un escalier, une porte entr’ouverte qui donnait sur un salon et un corridor s’enfonçant vers la partie est de l’immeuble. Négligeant l’étroit corridor qui devait desservir la cuisine, les communs et les chambres des domestiques, John s’avança sans hésiter vers l’escalier et entreprit de visiter les étages.

...

 

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11 janvier 2006

John s’avança sans hésiter vers l’escalier et entreprit de visiter les étages

 

Au premier, il découvrit une salle à manger de belles proportions éclairée au nord par deux fenêtres sur l’avenue et au sud par deux baies donnant sur une terrasse qui dominait un grand jardin à l’italienne. John sortit sur la terrasse. Le parc croulait sous l’exubérance d’une végétation luxuriante et sauvage. Il était séparé des jardins voisins par de hauts murs de pierre. Le fond se perdait dans une progression d’arbustes et d’arbres de haute tige se dont l’effet semblait repousser l’horizon.

   

jardin

 

John crût discerner, au milieu du parc, un bassin entouré de sculptures. Mais l’ensemble était entièrement couvert de lichen, de lianes et de plantes aquatiques. Il revint dans la salle et referma la fenêtre de la terrasse.

 

fouillis

 

Le palier du premier servait un autre salon, au décor plus féminin que celui, austère du rez-de-chaussée, et un autre corridor qu’il ne visita pas tout de suite. Il monta d’un étage et arriva à une salle de lecture très claire, ouverte cette fois-ci par trois baies sur chaque façade nord et sud. Sur le palier, un nouveau corridor et, au-dessus des deux salons, une pièce fermée qui attira fortement la curiosité de John. Il ouvrit la porte qui grinça épouvantablement dans le silence de la demeure abandonnée. Il avança dans l’obscurité, en contournant une table, vers une fenêtre qu’il distinguait à peine à l’opposé de la porte. Il repoussa une vieille tenture qui lâcha un nuage de poussière et il chercha la crémone à tâtons. L’ayant trouvée, il ouvrit la fenêtre et poussa de lourds volets à droite et à gauche de la fenêtre puis il se retourna.

 

Une bibliothèque !

 

Des rayons sur trois mètres de hauts garnis à craquer d’ouvrages reliés en fine peau, derrière de hautes vitres les protégeant de la poussière. Couvrant les quatre murs ! Tout semblait en bon état. Pas une vitre brisée, pas un livre à terre ni oublié sur la grande table. John sentit une suée couvrir son front. Il respira profondément et calma son rythme cardiaque. Puis il bloqua les volets et referma la fenêtre, laissant le rideau grand ouvert.


rideaux

 

...

 

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12 janvier 2006

Une bibliothèque

   

Quel trésor ! Pourvu que …

   

Heureusement, il put lire les quelques titres que son regard balaya et se rassura en devinant qu’ils étaient écrits dans une langue qu’il saurait lire. Il ouvrit une vitrine au hasard et saisit un des premiers livres que sa main approcha. Un livre sur la peinture flamande, pas son sujet préféré, mais qu’importe ! Il avisa un grand fauteuil recouvert d’un drap et s’assis, prêt à commencer sa lecture improvisée. C’est alors que s’adossant au fauteuil et levant inopinément le nez de sa future lecture, il la vit.

 

Elle ! Encore elle ! Mais pourquoi ?

 

Au plafond de la bibliothèque, une magnifique peinture à fresque s’étalait sur près de douze mètres carrés. Il reconnaissait le visage de celle qui le regardait de ses yeux de plâtre peint. Il le voyait surgir à tout instant sur l’écran intérieur de son front. Magnifique et captivante, belle et envoûtante mais tellement inquiétante pour lui ! Il ne comprenait pas pourquoi ce visage hantait ce qui lui restait de mémoire. Il resta pétrifié en la retrouvant peinte au plafond. Incapable d’effectuer le moindre mouvement, le regard vissé sur le visage du tableau, il retrouva les trois couleurs qu’elle portait, le bleu, en voile lourd posé sur sa chevelure, l’orange du manteau, le vert de la robe. Il eut cependant la force de s’apercevoir que sa mémoire n’avait pas gardée intacte la disposition de ces trois couleurs. Parfois il voyait le voile orange et la robe bleue, parfois le manteau bleu couvrait une robe verte. Assise, elle tenait un parchemin déroulé au bout de ses bras et paraissait lire de ses yeux de jade, au-delà de celui-ci, dans l’éther azuréen, quelque mystérieuse pensée.

 

sibylle

 

   
Sibylle !

 

C’était le prénom qu’il attribuait à cette femme sans aucune idée de la raison pour laquelle il s’imposait à son esprit vacillant.

...

 

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13 janvier 2006

John avait sombré

 

petitpalais

 

John s’était endormi paisiblement, pour la première fois depuis longtemps, sur la méridienne de la bibliothèque. Depuis sa découverte de la Grande Demeure, il retrouvait le goût de vivre en travaillant à la restauration des salles de réception. Toute la journée précédente avait été occupée par la peinture au badigeon de chaux dont il avait entrepris de décorer la grande salle à manger du premier étage. Le soir venu, le corps fourbu, il s’était réfugié dans sa pièce préférée, au second étage de la grande demeure, la bibliothèque. Il avait choisi un ouvrage qui traitait exclusivement de la sculpture de Donatello. Devant une double-page montrant des reproductions de la Madeleine et du saint Georges, pris de vague à l’âme, son regard s’était échappé vers le plafond, où une fois de plus, il retrouvait la sibylle delphique qui l’émouvait tant. Les rêves s’étaient mêlés à ses pensées et John avait sombré dans un doux repos.

 

sibylle_visage

 

...

 

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14 janvier 2006

Tud Goémon

 

John s’était levé tôt, reposé. Cette sensation de plénitude inhabituelle lui fit presque peur. Pour une fois il s’était endormi sans boire. Pour une fois depuis trop longtemps, il avait dormi sans cauchemar, il s'était réveillé sans nausée. D’un pas lent mais décidé, il avait marché vers le port, puis avait suivi, une bonne heure, un chemin sur le bord de l’estuaire sinueux jusqu’à voir la mer et l’horizon sans limite se détacher du rivage. Il n’était pas encore à l’embouchure qu’il devinait là-bas derrière un petit archipel, mais la vue était belle et dégagée.

 

horizon

 

Il s’était assis sur un rocher couvert de lichen jaune, en face d’un petit bois de sapin qu’il voyait bien sur l’autre rive. L’estuaire s’élargissait d’un coup à partir de ce rocher. En face, au pied du bois de sapin, un rocher gris marquait de même une sorte de frontière entre la rivière et la mer. Un goéland s’y était perché pour surveiller de haut son territoire. La marée était haute. Descendait-elle ? Des pêcheurs se hâtaient de rejoindre leur lieu de pêche ou de rentrer au port. Le ronron de leur moteur était ponctué par les gémissements des goélands qui suivaient ceux qui vidaient leurs poissons. John devina que le petit bois en face dissimulait une maison et qu’une ou plusieurs autres se cachaient sur les îles. John laissa son esprit vagabonder dans les méandres de sa mémoire.

   

roche_jaune

 

Ce paysage lui était familier. Il ne chercha pas à en comprendre le sens mais il croyait pourtant n’être jamais venu ici. De toute façon, il ne savait pas non plus comment il était arrivé sur le port un matin. Il se contenta d’apprécier la beauté de la vue et s’assoupit doucement dans le soleil tiède du matin d’été.

Un bruit léger, tout près de lui, le tira de sa torpeur. Un objet informe avait pris place à quelques pas sur un autre rocher pendant son assoupissement. Cette chose compacte, d’un gris-brun gluant et visqueux, restait immobile mais paraissait cependant animée d’un mouvement léger de respiration. « On dirait un être humain recroquevillé recouvert d’algues », pensa John, intrigué. Il ne bougea pas plus et resta regarder l’étrange apparition, attendant qu’un événement modifie l’aspect de la chose, la fasse bouger ou quelle disparaisse, peut être. Il n’en savait rien et pour tout dire, il s’en fichait, ou se laissait le croire. La mer était un peu descendue, l’eau commençait à faire place à la vase.
Les pêcheurs continuaient leur va-et-vient, des bateaux de plaisance remontaient la rivière, des kayaks passèrent descendant vers l’embouchure de l’estuaire. Un cormoran séchait ses ailes, perché sur une balise rouge. Des sternes plongeaient, des mouettes et des petits limicoles becquetaient la vase à la recherche de vers.

 

bisquine

 

John observait du coin de l’œil la silhouette depuis pas mal de temps, quand elle bougea enfin. C’était une forme humaine qui se décolla du rocher avec fluidité comme un paquet de goémon soulevé par une vague.

...

 

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15 janvier 2006

Egaré, pensa-t-il

 

« Je ne sais plus ... où est ma route, où vont mes pas, quel chemin m’emmène, vers où vais-je et pourquoi ?
Sombres comme les eaux d’un lac où la lune se noie, troubles comme les eaux du marais qu’un caillou a heurté, glauque comme une vase épaisse où les crabes se cachent, ma route est incertaine et dénuée de repère. »
Les pensées de John transparaissaient à travers ses yeux. Le Tud Goémon les lisait comme d’autres voyaient les gros titres à l’étal d’un marchand de journaux.
Egaré, pensa-t-il. Cette simple constatation ne l’aurait pas arrêté s’il n’avait lu autre chose dans ces yeux-là. Il n’était pas dans ses habitudes de relever les états d’âme des passants, fussent-ils comme John, égaré entre un monde et l’autre. Ce n’était ni dans ses attributions ni dans ses préoccupations habituelles.
Non, ce qui avait arrêté le Tud Goémon sur le rivage était le regard que John lui avait lancé. Après trois générations d’oubli, il reconnaissait cette façon dont les yeux clairs fixaient l’inconnu. Le front barré d’une ride profonde et la droite ligne des sourcils accentuait la rudesse contenue dans cette expression tendue. Il sut aussitôt que ce visage, jamais, n’exprimerait la quiétude. Il savait pourquoi. Et il savait qu’ils étaient peu nombreux à en connaître la raison, à se souvenir de la vérité cachée depuis si longtemps.
Tud Goémon songea au lourd passé enfoui sous le sable de la côte. La mer avait balayé de ses vagues jusqu’au souvenir de son propre nom. Seuls quelques livres poussiéreux sur des rayons perdus au fond de bibliothèques oubliées recelaient encore des brides de sa mémoire. Cet homme au regard perçant revenait en ces lieux pour percer le mystère. Mais il ne l’avait pas encore lui-même pressentit. Ce qui laissait au Tud Goémon le temps de prévenir Keridwen. Il se leva, passa devant John sans lui adresser la parole, n’ayant dans l’esprit que l'impératif de quérir la vieille sorcière.

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Et Tud Goemon s’éloigna en shootant dans les bigorneaux collés aux galets de la rive

Et Tud Goemon s’éloigna en shootant dans les bigorneaux collés aux galets de la rive.
Il approchait de la maison noire, celle que des fous avaient peint avec le goudron comme celui qui poissa les oiseaux et empoisonna les poissons. Une fois surtout, et puis souvent depuis. Dans cette maison la musique ne sonnait plus comme autrefois quand le grand homme du nord l’habitait avec un nom à pas coucher dehors. Il y a moins d’invités aussi. Mais Tud Goemon s’en fichait des abrutis d’humains qui arpentaient la digue. Il entrait parfois dans la maison noire. C’était facile par les tuyauteries. Elles plongeaient jusqu’à la mer et même à marée basse et elles reliaient le bassin d’eau chauffée au deuxième sous-sol sous le jardin. Il avait bien essayé par la cheminée qui sortait de la pelouse. Mais la suie le faisait tousser. Alors il entrait par la tuyauterie et plongeait dans l’eau chauffée de la piscine du deuxième sous-sol. Et là il se rappelait la musique qu’on entendait avant, dans cette maison noire, tout en haut presque au plafond, quand les gens qui venaient ici, venaient pour la musique.

   
   

maison_noire

   
   

Mais Tud Goemon ne s’arrêta pas devant la maison noire. Il continua en shootant dans les bigorneaux. Ses grandes nattes de goemon collées par paquets se balançaient comme portées par les vagues entre les rochers quand la mer monte. Il secouait la tête. Non, je n’ai pas envie de la revoir. Mais je dois lui parler. Je vais le dire à maman d’abord. Elle, elle saura lui parler. Peut-être.

   

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